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Flânerie romanesque n°5 : « L’usure d'un monde – Une traversée de l'Iran » de F.-H. Désérable

Cher réseau,


Quelle magnifique traversée de l’Iran que nous propose là François-Henri Désérable dans son récit « L’usure d’un monde » paru chez Gallimard en ce printemps 2023 ! Elle est aujourd’hui l’objet de notre Flânerie n°5.


Fin 2022, l’auteur décide de partir pour l’Iran au moment où les manifestations contre l’obligation du port du voile par les femmes sont à leur apogée à la suite de la mort de Mahsa Amini. Le pays est réputé dangereux en raison des arrestations arbitraires opérées par le gouvernement d’Ali Khamenei. Les étrangers n’y sont pas les bienvenus et ceux qui sont emprisonnés risquent la torture. D’ailleurs, le ministère des Affaires étrangères informe François-Henri Désérable des risques qu’il encourt alors qu’il est déjà dans l’avion pour Téhéran.


Sur les traces de l’explorateur suisse Nicolas Bouvier accompagné de Thierry Vernet, qui écrira « L’usage du monde », l’auteur effectue 68 ans plus tard la traversée de l’Iran de Téhéran à Zahedan au Baloutchistan, à la frontière irano-pakistanaise, en passant par Ispahan et Chiraz, puis de Zahedan à Tabriz et Saqqez au Kurdistan iranien via Téhéran. Une traversée qui le conduit à visiter des contrées parfois arides et hostiles et des monuments d’une grande beauté. Et à rencontrer de multiples personnages, voyageurs comme lui ou simples citoyens accueillants et chaleureux, heureux de faire la connaissance d’étrangers, qui expriment une hostilité parfois radicale à l’égard du régime tyrannique de Téhéran.


L’expérience de François-Henri Désérable s’arrêtera au Kurdistan iranien avec son interpellation par les Gardiens de la révolution qui lui enjoindront de quitter l’Iran dans l’urgence.


Ce beau texte s’inscrit dans la grande tradition des écrivains voyageurs. « Si l’on voyage, ça n’est pas tant pour s’émerveiller d’autres lieux ; c’est pour en revenir avec des yeux différents », écrit François-Henri Désérable. Le contexte d’une République islamique qui réprime dans le sang les aspirations du peuple iranien est bien évidemment omniprésent. Comment pourrait-il en être autrement dès lors que l’Etat et la religion islamique qui ne font qu’un s’immiscent jusque dans l’intimité des citoyens et des familles ?


L’auteur évoque l’usure de ce pouvoir des mollahs à la tête du pays depuis février 1979 à la suite du renversement de l’empire du Shah, qui ne parviennent à se maintenir que grâce à une main mise totalitaire et un contrôle policier de l’ensemble du territoire avec l’appui des Gardiens de la révolution et des bassidjis.


Mais à l’instar de tous les pouvoirs autoritaires, ce pouvoir ne parviendra jamais à éteindre la flamme, fût-elle toute petite, fût-elle vacillante, de la résistance à l’oppression par la culture, la littérature et la poésie. Je ne résiste pas à l’envie de vous livrer les dernières lignes de « L’usure d’un monde » si intenses, en forme de défi à toutes les dictatures – François-Henri Désérable y évoque une jeune résistante, Firouzeh - : « Si un jour, elle se faisait arrêter, on aurait beau l’enfermer, l’entasser dans une cellule avec des dizaines d’autres ou la mettre à l’isolement, on aurait beau la priver de nourriture et de sommeil, l’injurier, la tabasser, la violer, il y a une chose, une petite chose qui constituait la part irréductible de son être et que rien ni personne, ni la peur, ni les mollahs, ni les gardiens ne pourraient jamais lui ôter : les poèmes qu’elle connaissait par cœur et qu’elle se réciterait, en attendant la mort ou peut-être, enfin, la liberté ».


Oui, « L’usure d’un monde » est, outre un émerveillement, un antidote à toutes les oppressions du passé, du présent et de l’avenir, même dans nos démocraties qui se parent des vertus de la démocratie…


Bonne découverte à tous ceux d’entre vous épris de voyages, de poésie et de liberté !


Littérairement,


Christophe Pannetier


Petite précision importante : cette Flânerie a été rédigée par un être humain et non une intelligence artificielle… qui ne l’aurait certainement pas écrite comme cela…


>>> François-Henri Désérable, « L’usure d’un monde – Une traversée de l’Iran », Gallimard, 2023, 157 pages


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